Nous, enseignants, titulaires du diplôme de docteur-ingénieur (D1+DEA) et du diplôme de doctorat de 3° cycle (D3C+DEA), obtenus en France, venons avec regret, par la présente lettre, porter à la connaissance de votre Excellence nos doléances, concernant la reconnaissance de nos diplômes. En effet, les lauréats de nos universités (facultés, écoles, et instituts) ont été envoyés par l’Etat algérien en France pour une formation post-graduée, au moment de la réforme du doctorat français. L’ex-ministre de tutelle, au cours d’une réunion solennelle (année universitaire 1983/1984), avait instruit tous les doctorants envoyés en France durant cette période transitoire de ne pas s’inscrire à ce doctorat (nouveau régime), sous peine de suppression de la bourse. Cette instruction fut aussitôt appliquée par tous les établissements universitaires.
Le paradoxe, c’est qu’aujourd’hui ce diplôme décrié est non seulement reconnu, mais mieux coté en Algérie. Monsieur le Président, aujourd’hui nos diplômes de docteur-ingénieur et de doctorat de 3° cycle sont sanctionnés par une équivalence d’un diplôme de 3° cycle C –ancien régime, qui ne figure même pas dans la nomenclature des diplômes de l’enseignement supérieur en vigueur en Algérie.
Ce qui nous a défavorisés par rapport à nos collègues formés dans des pays autres que la France. Pourtant, les doctorants de France ont subi de épreuves relativement difficiles pour décrocher le diplôme d’études approfondies (DEA), condition sine qua non pour accéder en thèse. Après vingt-cinq années de loyaux services, voire plus,
nous nous sommes ainsi retrouvés dégradés dans le corps des maîtres-assistants au même titre que nos étudiants titulaires d’un diplôme de magistère.
Monsieur le Président, nous avons été marginalisés depuis longtemps et privés officiellement de l’enseignement en post-graduation, de l’encadrement des mémoires de magistère, de thèses de doctorat, de la direction des projets de recherche et de la participation aux séminaires et colloques scientifiques internationaux.
Nous aimerions que notre tutelle reconnaisse que malgré cette marginalisation, nous avons toujours assuré avec sérieux et abnégation les tâches pédagogiques et administratives inhérentes à un enseignant de rang magistral, tels que les cours magistraux, les cours de spécialité, les encadrements des mémoires de fin d’études, les montages des laboratoires de graduation et de recherche, une part active dans les projets de recherche et le co-encadrement des étudiants inscrits en magistère et en thèse de doctorat, etc.
Le comble, après tout cela, est que l’administration nous reproche, aujourd’hui, de ne pas avoir fourni davantage de résultats scientifiques. Pédagogiquement, nous assurons bel et bien les tâches d’enseignant de rang magistral, administrativement, nous ne sommes pas reconnus en tant que tel. ‘
Monsieur le Président, au moment où l’Etat met en oeuvre tous les moyens pour rappeler et inciter nos collègues chercheurs installés à l’étranger à rejoindre le pays, notre tutelle marginalise ceux qui ont eu le courage d’y retourner dans les moments difficiles, afin de participer au développement du pays et à l’épanouissement de l’université a1grienne.
A titre indicatif: une thèse de doctorat (bac + 8), préparée en Algérie, ouvre droit au grade de maître de conférences classe «A», alors qu’une thèse de doctorat d’ingénieur (bac + 9) et une thèse de doctorat de 3e cycle (bac +8) n’ouvrent droit qu’au grade de maître assistant ! Nous avons transmis nos doléances au ministre de l’Enseignement supérieur et dela Recherche scientifique.
Aucune suite favorable n’a été donnée, et l’administration de la tutelle nous renvoie vers la formule de «l’habilitation » pour accéder au grade de maître de conférences classe « A». L’administration de la tutelle pratique la fuite en avant pour ne pas revenir
sur l’erreur commise pour l’équivalence.
Les critères de l’habilitation, tels qu’ils sont conçus, sont incohérents avec notre situation. L’habilitation devient donc inaccessible et nous nous trouvons ainsi devant un dilemme. Dans de telles conditions, l’évolution de nos carrières reste utopique.
Votre Excellence, nous pensons avoir déjà acquis l’habilitation en question, de par :
1- nos diplômes (DEA + doctorat);
2 – notre grande expérience dans l’enseignement supérieur et la recherche scientifique (en moyenne, 25 années);
3- la prise en charge des enseignements magistraux;
4- notre participation active dans la confection des programmes et ouverture de nouvelles filières, de l’ancien et nouveau système d’enseignement (LMD);
5 – la participation aux manifestations scientifiques nationales et internationales;
6- nos publications nationales et internationales, etc.
Monsieur le Président, vos dernières décisions encourageantes en faveur des enseignants du supérieur témoignent de l’importance que Votre Excellence attache à ce noble secteur. Nous vous en remercions. En nous adressant à vous, Monsieur le Président, nous sommes confiants et convaincus que le préjudice moral et matériel commis sera réparé et notre situation trouvera une issue digne et équitable. Aussi, nous assurons Votre Excellence de notre dévouement pour notre pays et pour notre université en particulier.
Les enseignants titulaires du diplôme de docteur-ingénieur et du doctorat de 3e cycle.
Source : El Watan (édition papier) - Mercredi 1 février 2012 – page 22 – Rubrique : ESPACE DES LECTEUR - Titre original : Dégradation.
(NDLR : Mis aussi en ligne sur : https://www.facebook.com/events/137717919663429/, site de : Lancement du réseau « SOS – Etudes supérieures compromises »