Etudes supérieures. Ethique et aliénation.
Chaque matin, on devrait se demander en quoi nos parents les moins instruits par l’école avaient raison de nous admonester par ces paroles tant entendues : « Teqqar’em, tetd’ellilem » (Plus vous vous instruisez, plus votre esprit se confond).
Cette expression qui rend bien la grave perplexité qui étreignait nos parents au vu des transformations qu’ils décelaient en nous et dont ils suspectaient à juste titre l’école d’en être l’instigatrice n’est pas seulement l’écho des résistances qui devaient protéger les « patois » (langue des parents ?) français après le rapport de l’abbé Grégoire et la mission d’élimination des patois au moyen de l’école qui incombait aux instituteurs français dès le début du XIXe siècle : dans des conditions de domination mentale bien plus sophistiquées, nous savons que nos « lenga dòu brès » (langues du berceau, en langue provençale) à nous résistent mieux que les patois des campagnes françaises.
En effet, cette expression de l’évaluation parentale ne prend pas seulement en compte les métamorphoses de notre langage, elle vise davantage quelque direction dévoyée que l’éducation qu’ils nous offraient prenait, dévoiement qu’ils réalisaient et qui nous échappaient. Adultes, nous nous respecterons sensiblement mieux si nous faisons le point sur notre trajectoire, à un moment où l’école et l’université algérienne échappe progressivement à l’étreinte des stratèges de l’éducation nationale, mises sous pression qu’elles sont de la part du capitalisme prédateur et des puissances militaro-idéologiques du moment.
Qui niera du haut de ses diplômes supérieurs qu’il regarde désormais sa société, sa culture, son patrimoine par la seule lorgnette des concepts et des acceptions permises par ces derniers ainsi que de derrière les possibilités matérielles qu’ils offrent (à convoiter) ?
Une animatrice radio, se référant à ses connaissances religieuses acquises à l’école se félicite de découvrir que telle tradition n’est que « bid3a », sans en saisir ni le côté poétique, ni l’anthropologique, ni le sémiotique ! Mais il y a pire et de toutes sortes en termes d’aliénation.
Un technologue faisait récemment part de ses remords formels de n’être pas utile au pays qui l’a si généreusement formé : la formation de ce genre de savants les entraînent à toujours regarder l’exil comme un débouché pour leur promotion et à leur épanouissement présumé.
Les spécialistes des langues et cultures étrangères se croient à l’abri de la critique locale et de leurs pairs les méconnaissant car concevant leurs faits et gestes par la seule logique inhérente à la langue de leur travail. Et quand ils se mettent, par hasard ou par jeu, à titiller quelque aspect de la vision du monde concevable par les gens du terroir, ils apparaissent si distants, si prudents, si prompts à s’en éloigner davantage, voire à s’en défier tout à fait qu’on ne sait plus s’il faut les raisonner ou s’en méfier.
Dans ce microcosme aliéné, découvrir alors des combats douteux qui s’y livrent et qui ne sont compréhensibles qu’au fur et à mesure que l’on s’y voue totalement mais dont le prix est intégralement payé par la société, dont les effets sont immanquablement destinés à être endossés par cette dernière, dont la responsabilité lui est dans tous les casendossée – des interjections de type : « société de merde !», « che3b rrkhis ! » et tutti quanti l’attestent- est effarant, effrayant, dégoûtant.
L’un de ces combats douteux peut avoir comme enjeu de triturer comme on veut l’éthique universitaire même et s’en servir de paravent pour opérer des choix et des orientations, individuels –mais quand des cas individuels se multiplient, ça devient vite un état massif, généralisé, ce dont un aliéné ne se rend compte que trop tard-, tout à fait subjectifs, injustifiables, préjudiciables autant à la réputation de ceux qui s’en rendent responsables, du maintien de l’éthique, de l’université même, et de tout ce qui peut lier l’université à son environnement sociétal.
Ce qui aggrave le caractère douteux des « combats » que couve ce microcosme est le silence entêté que l’on oppose résolument à tout regard critique « extérieur ». Pour illustrer mon propos, quiconque peut essayer de poser le chapelet de questions ci-dessous joint –qui ont trait à la formation en cycle doctoral- à qui il veut, je serai réellement étonné que des réponses lui parviennent à court terme. Vous voulez essayer ? Voici un texte de courriel tout prêt que vous pouvez utiliser en l’état. Dites-m’en des nouvelles.
@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@
Madame, monsieur, bonjour.
Alerté par le cas de deux doctorantes (1) en langue et littérature anglaises inscrites (régime LMD, 2010-2011 en 1e année) à l’université de l’UMC ;
Et pour les besoins du développement de l’initiative « SOS- Etudes supérieures en détresse » telle que présentée sur mon blog SATEFDZ,
J’ai l’honneur de vous demander de bien vouloir m’éclairer sur les points suivants :
- comment informe-t-on les étudiant(e)s doctorantes de l’identité de leur encadreur ? Oralement ? Est-il loyal de demander à des doctorant(e)s inscrites en régime LMD de se chercher d’elles/eux-mêmes des encadreurs ? La réglementation en vigueur pour le LMD prévoit-elle ce cas de figure ? Si la réglementation ne le prévoit-elle pas, que prévoit-elle en cas d’abus, consistant à tenir au secret à l’encontre des étudiant(e)s doctorant(e)s l’identité de l’encadreur sensé les accompagner ? Dans le cas où l’encadreur est informé de sa désignation pour encadrer des doctorant(e)s, est-il tenu d’interpeller officiellement ses étudiant(e)s dans le cas où ceux/celles-ci ne se manifestent pas ?
- quelles sont les mesures prises à l’encontre d’étudiant(e)s doctorant(e)s ayant raté un séminaire ou plus de la tenue desquels elles/ils ne sont pas tenu(e)s informé(e)s ?
- Ces mesures peuvent-elles être prises en l’absence et dans l’ignorance des concerné(e)s ? Ces mesures peuvent-elles aller jusqu’à l’exclusion définitive du cycle doctoral ? Des voies de recours existent-elles en chacun de ces cas ?
- Des doctorant(e)s inscrites en première année doctorale, peuvent-elles/ils être empêché(e)s de se réinscrire en début d’année universitaire suivante, sans avoir été dûment informé(e)s des mesures qui auraient été prises à leur encontre précédemment ainsi que des griefs qui auraient été retenus contre elles/eux?
- Des doctorant(e)s exclu(e)s dans ces conditions (ou dans d’autres conditions) peuvent-elles/ils être remplacé(e)s par des détentrices/eurs de master de leur propre promotion par voie de rachat –sans souscrire aux examens et concours d’accès au cycle doctoral ultérieurs et sur la base de leur résultats au concours antérieur et de leur rachat ?
- des majors de promotion à l’obtention du master, inscrit(e)s en doctorat, peuvent-elles/ils être tenu(e)s de rester dans le territoire national sous peine d’exclusion du doctorat ?
Merci de vos réponses qui me serviront à la rédaction de textes prochains sur ce thème et par le biais duquel j’ai l’intention d’aborder non seulement des cas individuels d’étudiant(e)s précis(es) en difficulté, mais aussi de contribuer à la vulgarisation des textes encadrant la formation doctoral dans l’université algérienne ainsi que les dispositions de cette dernière à retenir en son sein des étudiant(e)s qui ne demanderaient qu’à y poursuivre leurs études doctorales quand bien même elles/ils auraient la possibilité et les compétences suffisantes pour poursuivre honorablement leurs études dans des universités étrangères.
Enfin, je vous prie, madame, monsieur, de me renseigner si les textes réglementaires ci-dessous cités sont suffisants pour servir de références juridiques au(x) texte(s) que je pourrai publier prochainement.
Dans l’attente d’apprécier vivement la disponibilité de l’institution universitaire à informer et à orienter la population universitaire, je vous prie, madame, monsieur, de bien vouloir agréer mes salutations tout à fait respectueuses.
Tahar HAMADACHE
SATEFDZ
(1) […]
o La nouvelle Loi d’orientatation de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique : http://www.umc.edu.dz/pedagogie/images/textes-reglementaires/loiorientation.pdf
o Décret exécutif n° 08-265 du 17 Chaâbane 1429 correspondant au 19 août 2008 portant régime des études en vue de l’obtention du diplôme de licence, du diplôme de master et du diplôme de doctorat.
http://www.umc.edu.dz/vf/pdf/CDE9ABACd01.pdf p.5
o Décret exécutif n° 10-231 du 23 Chaoual 1431 correspondant au 2 octobre 2010 portant statut du doctorant………………………12
http://www.joradp.dz/JO2000/2010/057/F_Pag.htm
o Décret exécutif n° 03-279 du 23 Août 2003, JO N° 51 du 24 Août 2003, Page 4
- Fixant les missions et les règles particulières d’organisation et de fonctionnement de l’université : http://www.univ-alger.dz/index.php/decrets.html
o L’arrêté qui dit qu’il y a six postes ouverts en doctorat CLAS pour l’A.U. 2010-2011 à l’UMC : http://www.umc.edu.dz/vf/images/pdf/arrete_n_618_fr.pdf
o Arrêté n° 250 du 28 juillet [janvier ? Au vu de la date de réception du fax, à moins quel'erreur est dans le fax !] 2009. Fixant l’organisation de la formation de troisième cycle en vue de l’obtention du diplôme de doctorat. http://www.umc.edu.dz/vf/images/pdf/250frlmd.pdf
- Guide pratique de mise en oeuvre et de suivi du LMD http://www.univ-biskra.dz/images/stories/universite/guidelmd.jpg